Page:Leblanc et Maricourt - Peau d’Âne et Don Quichotte, paru dans Le Gaulois, 1927.djvu/110

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

— Madame, demanda encore l’infatigable interrogateur, il y a aussi quelque chose de curieux chez vous. J’ose le dire pendant qu’il n’est pas là. Pourquoi avez-vous un oiseau bleu ?

— Mais il n’est pas bleu ! Je l’appelle comme ça pour m’amuser. Il est de toutes les couleurs.

— Ah ! moi, je l’avais vu tout bleu, dit Pierre.

— Moi, dit Violette, fière de sa science, j’avais bien remarqué qu’il avait du rouge et du vert.

— Mais pourquoi parle-t-il ? interrogea Pierre derechef. Ce n’est pas très naturel.

Cette fois, Folette rit franchement avec un petit rire grêle de violon centenaire.

— Il parle parce que je le lui ai appris ! Mon cher Jacquot est tout simplement un perroquet. Il va avoir cent ans. Je le connais depuis presque toujours…

Des perroquets qui parlent ! Mais c’est vrai ! Jadis Pierre avait lu cela quelque part, et il l’avait oublié ! Jamais, pas plus que Violette, il n’avait vu jusqu’ici un de ces bavards enfants des îles lointaines habillé de plumes merveilleuses !

Décidément, le livre des illusions se fermait à jamais. De plus en plus, Pierre sentait qu’un grand souffle humain avait passé sur la forêt, la rivière et ses entours pour en dissiper les fantasmagories. Il était un peu triste, car, au lieu des beaux contes de la Mère l’Oye, il voyait tout à coup, par la loi de l’association des idées, la terrible scène de l’auberge se dérouler à nouveau devant ses yeux.

Folette, qu’on aurait pu maintenant appeler la sage Folette, eut l’intuition qu’il souffrait.

— Mes petits, dit-elle, il faudra venir souvent, souvent ; n’abandonnez ni le moulin ni la forêt. Plus vous grandirez et plus vous goûterez les joies de la campagne. Celle-là est aussi l’une des plus belles entre les vraies fées. Plus vous avancerez dans la vie, plus vous vous consolerez de voir la vie moderne couper les ailes à vos rêves en venant chercher ici les consolations les plus harmonieuses. Vous endormirez vos chagrins au bercement des arbres qui soupirent sous la brise ; vous trouverez la paix sur les rives enchantées de ma rivière, vous apprendrez aussi bientôt — par un exemple tout proche — comment sous le mirage d’azur du ciel on sait aimer.

« Aimer », mes petits, c’est, aux côtés du verbe « travailler », celui qu’il faut savoir décliner au mieux dans le bel équilibre des vies pures…

- On dirait qu’elle chante, se dit Pierre à lui-même.