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LE RUNOÏA.

J’atteste par neuf fois les Runas immortelles,
Tu mourras comme moi, Dieu des âmes nouvelles,
Car l’homme survivra ! Vingt siècles de douleurs
Feront saigner sa chair et ruisseler ses pleurs,
Jusqu’au jour où ton joug, subi deux mille années,
Fatiguera le cou des races mutinées ;
Où tes temples dressés parmi les nations
Deviendront en risée aux générations ;
Et ce sera ton heure ! et dans ton ciel mystique
Tu rentreras, vêtu du suaire ascétique,
Laissant l’homme futur, indifférent et vieux,
Se coucher et dormir en blasphémant les Dieux ! —

Et, nageant dans l’écume et les bruits de l’abîme,
Il disparut, tourné vers l’espace sublime.