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POÈMES BARBARES.


Que ne le frappais-tu du glaive ou de la lance ?
L’onagre est fort rétif s’il ne courbe les reins ;
Qui cède au dromadaire accroît sa violence. —

— C’est le Jaloux, le Fort de Juda que je crains,
Dit Akhab. C’est le Dieu de Naboth et d’Élie :
Du peuple furieux il briserait les freins.

Je verrais s’écrouler ma fortune avilie,
Et serais comme un bœuf qui mugit sur l’autel
Pendant que le couteau s’aiguise et qu’on le lie.

Non ! J’attendrai. Les Dieux de Dan et de Beth-El
Accorderont sans doute à qui soutient leur cause
De tuer sûrement Naboth de Jizréhel.

— Lève-toi donc et mange, ô Chef, et te repose,
Dit la Sidonienne avec un rire amer ;
Moi seule je ferai ce que mon Seigneur n’ose.

Demain, quand le soleil s’en ira vers la mer,
Sans que ta main royale ait touché cet esclave,
J’atteste qu’il mourra sur le mont de Somer.

Et l’homme de Thesbé pourra baver sa bave
Et hurler, du Karmel à l’Horeb, comme un chien
Affamé, qui s’enfuit aussitôt qu’on le brave.