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LE RUNOÏA.

Plus bas que l’herbe vile et la poussière aride ;
Et pour l’éternité, sous l’Eau vive des cieux,
Le bon grain germera dans le fumier des Dieux !
Maintenant, es-tu prêt à mourir, Roi du Pôle ?
As-tu noué ta robe autour de ton épaule,
Chanté ton chant suprême au monde, et dit adieu
À ce soleil qui voit le dernier jour d’un Dieu ?


LE RUNOÏA.


Ô neiges, qui tombez du ciel inépuisable,
Houles des hautes mers, qui blanchissez le sable,
Vents qui tourbillonnez sur les caps, dans les bois,
Et qui multipliez en lamentables voix,
Par delà l’horizon des steppes infinies,
Le retentissement des mornes harmonies !
Montagnes, que mon souffle a fait germer ; torrents,
Où s’étanche la soif de mes peuples errants ;
Vous, fleuves, échappés des assises polaires,
Qui roulez à grand bruit sous les pins séculaires ;
Et vous, Vierges, dansant sur la courbe des cieux,
Filles des claires nuits, si belles à mes yeux,
Otawas ! Qui versez de vos urnes dorées
La rosée et la vie aux plaines altérées !
Et vous, brises du jour, qui bercez les bouleaux ;
Vous, îles, qui flottez sur l’écume des eaux ;
Et vous, noirs étalons, ours des gorges profondes,
Loups qui hurlez, élans aux courses vagabondes !
Et vous, brouillards d’hiver, et vous, brèves clartés,