Page:Leconte de Lisle - Poëmes antiques, 1852.djvu/371

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Qui t’entend sans frémir d’amour et de pitié !
Qui ne pleure sur toi, magnanime faiblesse !
Esprit qu’un aiguillon divin excite et blesse,
Qui t’ignores toi-même et ne peux te saisir,
Et sans borner jamais l’impossible désir,
Durant l’humaine nuit qui jamais ne s’achève,
N’embrasses l’Infini qu’en un sublime rêve !
Ô douloureux Esprit, dans l’espace emporté,
Altéré de lumière, avide de beauté,
Qui retombes toujours de la hauteur divine
Où tout être vivant cherche son origine,
Et qui gémis, saisi de tristesse et d’effroi,
Ô conquérant vaincu, qui ne pleure sur toi !

Et les sages pleuraient. Mais la blanche déesse,
Ganga, sous l’onde assise, entendit leur détresse.