Page:Lemaître - Chateaubriand, 1912.djvu/35

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 forêts ; on dirait que des silences succèdent à des silences.
 Je cherche vainement à entendre dans un tombeau universel quelque
 bruit qui décèle la vie. D’où vient ce soupir ? D’un de mes
 compagnons : il se plaint, bien qu’il sommeille. Tu vis, donc tu
 souffres : voilà l’homme.

Ce n’est pas mal, pour un garçon de vingt-deux ans. Mais peut-être a-t-il un peu arrangé cela pour l’édition de 1827. Avec lui, on ne sait jamais.

Nous l’avons laissé au moment où il s’embarquait, pour le Havre. Il nous dit que ce départ soudain fut le résultat d’un débat de conscience, qu’il lui parut que c’était pour lui un devoir de revenir au secours du roi, « quoique les Bourbons n’eussent pas besoin d’un cadet de Bretagne ». Mais, un peu plus loin, à l’heure de rejoindre l’armée des princes, il prévoit toutes les objections qu’on peut lui faire et s’apprête à les réfuter, fort posément et du ton d’un homme qui ne se fait point d’illusions. Cela ne lui apparaissait donc pas, en tout cas, comme un devoir si impérieux. Je crois que, tout simplement, il en avait assez de l’Amérique, comme peut-être, lorsqu’il était parti pour l’Amérique, il en avait assez de la France. C’était une âme invinciblement inquiète.

Un peu avant d’aborder à Saint-Malo, il est assailli par une terrible et fort belle tempête, qui accroît son magasin de sensations et d’images.

Puis il s’en va à Saint-Malo et se marie.