Page:Lemaître - Jean Racine, 1908.djvu/14

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concilie les mêmes traditions que ses tragédies elles-mêmes.

Et là-dessus, ayant relu Racine pour la centième fois (à coup sûr je n’exagère pas) et m’étant pénétré de toutes les notes et notices de l’admirable édition de Paul Mesnard, profitant aussi, à l’occasion, de la documentation si riche et en même temps si scrupuleuse de M. Augustin Gazier, je commence cette dix millième étude sur Racine.

C’est à la Ferté-Milon, gros bourg de l’Île-de-France, dans le Valois. Par les belles soirées de l’été de 1639, les habitants de la ville, assis devant leurs portes, regardaient passer quatre bourgeois fort simplement vêtus, qui, revenant de la promenade, marchaient l’un derrière l’autre en disant leur chapelet. Les bonnes gens de la Ferté-Milon se levaient par respect et faisaient grand silence pendant que passaient ces messieurs.

Car ces messieurs, jeunes encore (l’un d’eux avait vingt-quatre ans, et les autres à peu près la trentaine), étaient quatre messieurs de Port-Royal qui, chassés de leur retraite l’année précédente, s’étaient alors réfugiés à la Ferté-Milon chez une famille amie, les Vitart, alliés des Racine. Ces messieurs s’appelaient Lancelot, Singlin, Antoine Lemaître et Lemaître de Séricourt. Le mystérieux séjour de ces quatre saints à la Ferté-Milon fut évidemment un objet d’édification et une occasion de bons efforts pour les