Page:Lemaître - Jean Racine, 1908.djvu/191

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


D’abord la salle était mal garnie à la première représentation parce qu’à la même heure, il y avait un spectacle apparemment plus intéressant : une exécution en place de Grève.

Et puis, les amis de Corneille et les ennemis de Racine avaient décidé que l’auteur d’Andromaque ne pouvait pas faire une bonne tragédie romaine, et que Britannicus tomberait. D’après un récit souvent cité de Boursault, « les auteurs qui ont la malice de s’attrouper pour décider souverainement des pièces de théâtre et qui s’asseyaient d’ordinaire sur un banc qu’on appelle le banc formidable, s’étaient dispersés de peur de se faire reconnaître » . Le vieux Corneille était seul dans une loge, plein de malveillance contre le jeune intrus qui lui disputait ses Romains.

Boileau aussi était là.

Son visage, dit Boursault croyant le railler, son visage, qui, au besoin passerait pour un répertoire des caractères, des passions, éprouvait toutes celles de la pièce l’une après l’autre, et se transformait comme un caméléon à mesure que les acteurs débitaient leurs rôles… Je ne sais rien de plus obligeant que d’avoir à point nommé un fond de joie et un fond de tristesse au très humble service de M. Racine.

Et nous disons, nous : « Ah ! le brave homme ! »

Mais les ennemis du poète étaient trop nombreux et trop acharnés. Ils tournaient tout à la plaisanterie.

… Le jeune Britannicus, dit Boursault, qui avait quitté la bavette depuis peu et qui semblait élevé dans