Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t1, 1887.djvu/149

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BARTHÉLEMY ET MÉRY.

Se bannir en pleurant loin des cités riantes,
Et dire comme Job en mille variantes :
            « Ô mon Dieu, pourquoi suis-je né ? »

Oh ! que je le plaignais ! ma douleur inquiète
Demandait aux passants : « Où donc est le poète ?
Que ne puis-je donner une obole à sa faim ?
Et lui dire : Suis-moi sous mes pins d’Ionie,
Là tu t’abreuveras d’amour et d’harmonie,
            Tu vivras comme un Séraphin. »

Mais j’étouffai bientôt ma plainte ridicule :
Je te vis une fois sous tes formes d’Hercule,
Courant en tilbury, sans regarder le ciel ;
Et l’on disait : « Demain il part pour la Toscane,
De la diplomatie il va sonder l’arcane,
            Avec un titre officiel. »

Alors je dis : Heureux le géant romantique
Qui mêle Ézéchiel avec l’arithmétique !
De Sion à la Banque il passe tour à tour :
Pour encaisser les fruits de la littérature,
Ses traites à la main, il s’élance en voiture,
            En descendant de son vautour.

D’en haut tu fais tomber sur nous, petits atomes,
Tes Gloria Patri délayés en des tomes,
Tes psaumes de David imprimés sur vélin ;
Mais quand de tes billets l’échéance est venue,
Poète financier tu descends de la nue,
            Pour traiter avec Gosselin.

Un trône est-il vacant dans notre académie ?
À l’instant sans regret tu quittes Jérémie