Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t1, 1887.djvu/270

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

J’élevais en espoir ma première couvée ;
Un cruel m’en chassa ; je fuis ! Cette maison
N’abrita mes amours qu’à l’arrière-saison,
Et de mes chers petits l’aile encore incertaine
Ne les porterait pas jusqu’à cette fontaine.

— Viens ; l’enfance est peureuse ; et toi, ma fille, aussi,
L’an dernier tu tremblais de t’éloigner d’ici ;
Ton père te soutint, et tu suivis ton père :
Soutiens-les ; ils suivront.

                                          — Regarde-les, ma mère ;
Un rare et fin duvet couvre à peine leur corps.

— Mais que deviendras-tu, pauvre enfant ? Sur ces bords
L’hiver est si terrible ! Ah ! je me le rappelle !
Une automne, le plomb avait brisé mon aile,
Je restai. Que de maux ! la neige couvrait tout.
Pas un seul moucheron ! pas un abri ! Partout
Je voyais des oiseaux s’abattre sur la terre,
Et tomber morts de froid !

                                        — Morts de froid, ô ma mère ?

— Fendre l’air en criant, et tomber morts de faim !

— Morts de faim ?

                               — Et moi, moi, je ne vécus enfin,
Qu’en m’attachant aux murs, et de givre imprégnée,
Cherchant dans les débris de toile d’araignée
Des cadavres d’insecte… Appelle tes petits !…

— À peine autour du toit sont-ils encor sortis.