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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Passé par les déserts aux larges horizons,
Par les riches cités, par les fleuves profonds,
Rêvé près des grands lacs et des grandes cascades.

Du golfe Saint-Laurent au Rio de la Plata,
Des remparts de Québec à la morne pampa
J’ai suivi le contour des flancs de l’Amérique,
Sous les bois de sapins et les chênes altiers,
Sous les panaches verts des cimes de palmiers,
Sous le ciel froid du Nord et les feux du tropique.

Ici l’humble bateau du pêcheur canadien,
Ou le canot d’écorce, arrondi par l’Indien,
Là le hardi wagon qui bondit et s’élance
De la forêt sauvage à travers les llanos,
Le doux char havanais, le cheval des gauchos,
M’ont tour à tour porté de distance en distance.

Que d’imposants tableaux au sein de ces cités !
Sur ces lacs, sur ces mers, dans ces immensités,
Que de types humains, de races différentes,
Au comptoir du marchand, aux fermes du vallon,
Dans la case du nègre et l’enclos du colon,
Sous les ranchos en chaume et la toile des tentes !

Espagnols et Français d’un âge glorieux,
Indiens rôdant autour du sol de leurs aïeux,
Noirs d’Afrique achetés sur leurs plages cruelles,
Honnêtes Alsaciens, Anglais spéculateurs,
Et pauvres Allemands, ouvriers, laboureurs,
Fils de la vieille Europe aux étroites mamelles.