Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t1, 1887.djvu/411

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AUGUSTE DE BELLOY.

Gorge des Câpriers, où, mieux que dans Virgile,
Mon cœur s’initiait : aux grâces de l’idylle,
Pins aux larges sommets, chênes verts aux troncs noirs,
Que je vous aime ! Et vous, tranquilles abreuvoirs,
Où viennent à la file, écrasant les pervenches,
Les buffles à l’œil sombre et les génisses blanches.
Ô terre dont émane un air doux et mortel,
Et qui, sous l’œil de Dieu, fumes comme un autel,
Mer d’azur et d’argent, horizon diaphane,
Je t’aime et te bénis, ô Maremme toscane !
Et, pourtant, je l’avoue, il est un autre lieu
À qui j’aurais voulu dire un dernier adieu.
Ô Ciel, exauce-moi, fais-le-moi voir encore,
Qu’un instant mon déclin reflète mon aurore !
Rends ma belle patrie à mes yeux ranimés…
Mais tu m’as entendue : ô jardins embaumés !
Flots naissant de l’Ombrone où le saule se plonge,
Est-ce bien vous encore ?… Oui, ce n’est pas un songe,
C’est un réveil plutôt… Quel bonheur de courir
Sur ces gazons touffus !… Qui parlait de mourir ?


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LES GRAINS DE GRENADE




Ce pays est encor la terre d’autrefois,
Et Rome, son aïeule, en rose s’y reflète.
Fanny, tu t’en souviens : ce village et sa fête,
Cette fille si belle, aux yeux longs et sournois !…

Elle quittait la danse, égrenant sous ses doigts
Une grenade pourpre, et sans tourner la tête,
Semant de grains vermeils son habile retraite,
Nous la vîmes ainsi tourner l’angle du bois.