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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Er je vois sous mes coups, dévorés de brûlures,
Les héros sur le sol traîner leurs chevelures.
Derrière moi, des cris de rage, un long sanglot
S’éteignent ; quelquefois l’airain d’un javelot
Fendant les airs m’effleure avec sa dent vorace ;
Mais qui pourrait trouer ma brillante cuirasse ?
Elle brave la hache et brise le couteau ;
Vulcain l’a façonnée avec son dur marteau ;
Elle est d’or et d’airain et d’argent, et se ploie
Quand je marche, et parmi ses écailles flamboie,
Éclairant de ses feux le sang que je répands,
La Gorgone hideuse aux cheveux de serpents.
Ma sœur, viens où la claire épée éclate et brille.
Ou bien, sois ouvrière avec moi. Prends l’aiguille
Et jette sur la toile, en riantes couleurs,
Un grand triomphe heureux d’animaux et de fleurs.

(Le Forgeron)