Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/149

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AUGUSTE DORCHAIN.


Mais sur la terre, hélas ! Psyché s’en est allée.
N’y poursuivais-tu pas la divine exilée,
Le jour où t’attira par ses folles chansons
Le satyre impudique, à travers les buissons ?

Imprudent ! tu prêtas une oreille attentive
Aux mots qui s’échappaient de sa bouche lascive.
Car ils flattaient alors, dans leur rythme moqueur,
Je ne sais quels instincts qui te troublaient le cœur.

Pourquoi te révolter ? C’est la Mère nature
Qui par ces durs liens à présent te torture
Et qui, marâtre, aveugle en sa fécondité,
Te verse la tristesse après la volupté.

N’espère plus, Érôs, t’enfuir loin de ce monde
Vers la sérénité des cieux inoubliés ;
Souffre et résigne-toi, car sur la terre immonde
Le Désir et l’Amour sont à jamais liés.


(La Jeunesse pensive)





LES ÉTOILES ÉTEINTES




À l’heure où sur la mer le soir silencieux
      Efface les lointaines voiles,
Où, lente, se déploie, en marche dans les cieux,
               L’armée immense des étoiles,

Ne songes-tu jamais que ce clair firmament,
               Comme la mer, a ses désastres ?
Que, vaisseaux envahis par l’ombre, à tout moment
               Naufragent et meurent des astres ?