Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/157

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AUGUSTE DORCHAIN.

Les amours qu’un matin suffit à défleurir !
Tristes, la source impure et qu’on ne peut tarir,
La beauté que le temps inexorable emporte,
Et la virginité du cœur flétrie et morte !...
— Mais douces sont les fleurs et douces les amours
Qui naissent dès l’aurore et qui durent toujours !
Doux, les chastes baisers, charmants, les jeunes couples
Qui vont, les bras nerveux liant les tailles souples,
Errer au mois d’avril sous les ombrages verts,
Joyeux et l’un pour l’autre étant tout l’univers !
Beaux sont les fiancés qui, d’une âme ravie,
Marchent, pleins d’espérance, au-devant de la vie,
Sachant, si le malheur leur barre le chemin,
Qu’ils passeront quand même, en se donnant la main !
Beaux, les nobles amants qui, sans crainte ni doute,
Vers le même sommet ont pris la même route,
Dont le fier idéal n’est jamais abattu,
Qui sentent leur amour pareil à la vertu,
Et dont le cœur d’enfant peut se montrer sans voiles,
Profond comme la mer, pur comme les étoiles ! »

Ainsi le violon, sous le clair firmament,
Auprès des flots, chantait harmonieusement.
Puis s’assombrit le ciel et se tut la musique...
Et nous pleurions d’avoir, pendant cette heure unique,
Goûté, dans un accord grave et délicieux,
L’infini de l’amour, de la mer et des cieux !