Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/163

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EDMOND HARAUCOURT.


Tous les ressorts humains se sont rompus en elles ;
Dans l’éblouissement des choses éternelles,
Elles marchent sans voir, hors du Temps, hors du Lieu,

Elles vont, spectres froids, corps dont l’âme est ravie,
Êtres inexistants qui s’abîment en Dieu,
Vivantes dans la mort et mortes dans la vie.





ARMA VIRUMQUE




Orgueil ! Cuirasse d’or, casque d’airain poli !
Armure surhumaine à la taille de l’homme,
Heaume fait de dédains, de pardons et d’oubli,
Flamme qui luis dans l’œil des fiers, dès qu’on les nomme !

Baudrier de la foi ! Virilité du cœur !
Orgueil, consolateur fraternel du génie,
Qui fis Satan vaincu plus grand que Dieu vainqueur !
Baume dans le combat, chrême dans l’agonie !

Intime avènement des gueux qui sont nés rois !
Lumière astrale, aux froncs divins souillés d’insultes ;
Nimbe étoilé des saints et des martyrs en croix ;
Orgueil, bourreau du doute et réconfort des cultes !

Béni sois-tu, péché plus beau que la vertu,
Toi qui venges les forts de la force du nombre :
Géant maudit des nains, orgueil, béni sois-tu,
Toi qui pleus des soleils sur l’envie et sur l’ombre !