Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/167

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EDMOND HARAUCOURT.


Chéris la mer, la grande impuissante éternelle
Qui console des vœux déçus et des regrets :
La nature bénit ceux qui vivent en elle,
Le calme naît au cœur du calme des forêts.

Crains l’homme, aime ton âme et méprise l’insulte ;
Sois humble avec toi seul et sois fier devant tous.
Bons ou mauvais, défends tes amis et ton culte ;
Pardonne aux criminels et respecte les fous.

Laisse l’être à tous ceux que ta force te livre ;
Ne rougis pas ta main dans la chair des mourants :
Car tous sont tes égaux devant le droit de vivre,
Et les plus outragés sont parfois les plus grands.

Ne daigne point haïr ; sois fidèle à tes pactes ;
Sois franc ; ris peu ; sois doux pour ceux qu’on fait souffrir,
Mais garde de juger les raisons ou les actes,
Car rien n’est absolu que l’espoir de mourir.





RÊVES GRIS




Viens dans le mystère ému des longs soirs,
Dans l’air gris des soirs douteux et sereins,
Des soirs où les bois font des reposoirs
Pour les grands amours et les grands chagrins.. .

Tes yeux sont plus froids quand le ciel est pâle.
Oh ! que les reflets du fleuve sont tristes !
On dirait un lac de nacre et d’opale
Où le ciel répand des fleurs d’améthystes.