Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/201

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JEANNE LOISEAU.


LE TEMPS




Saisis du vain regret des grands songes antiques,
Parfois nous repeuplons nos Olympes déserts :
Erreur des aïeux morts hantant nos cœurs mystiques !
Le Temps, dernier des dieux, chancelle au sein des airs.

L’atome, obéissant aux forces despotiques,
Dans l’abîme infini n’a point d’âges divers ;
L’horloge suspendue aux éternels portiques
Marque une heure immuable à l’immense univers.

Le passé, l’avenir, — inconstantes chimères, —
Troublent par leurs aspects des êtres éphémères
Qui naquirent hier et périront demain.

Quel sens auraient ces mots pour la matière sombre,
Qui, soumise à jamais aux changements sans nombre,
N’a point eu d’origine et n’aura point de fin ?


(Un Mystérieux Amour)





À MES VERS




Laissez-moi vous bénir, douces rimes fidèles,
Puisque vos sons, légers comme un battement d’ailes,
                Quelquefois l’ont charmé.
Laissez-moi vous bénir, ô mes vers, frais calices !
Puisque mon bien-aimé respire avec délices
                Votre souffle embaumé.