Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/235

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EUGÈNE LE MOUËL.


Et l’ombre se dressa dans le vent et la nuit !
Elle prie sous son voile un bouquet de bruyères,
Et, maigre le fracas des houles au long bruit,
On entendit ces mots lents comme des prières :

« Ô flots qui rencontrez parfois, sous le ciel lourd,
Les cadavres perdus au sein des mers désertes,
Je vous jette ces fleurs pour les porter, un jour,
À l’époux endormi parmi les algues vertes !

« Ô bruyères, allez vers l’époux tant aimé !...
Parlez de notre noce où la joie était grande,
De nos rêves passés et du soleil de mai
Qui baignait de clartés notre cœur et la lande ! »

Car l’ombre était Naïk, la femme de Névo.
L’homme ne revint pas, un jour, à la mer haute ;
Depuis, Naïk se meurt, — et ce n’est pas nouveau,
Car ils avaient rêvé de vivre côte à côte !


(Bonnes Gens de Bretagne)





RONDE D’ENFANTS




O, Daniel le pâtre, et toi, petit Elo,
Déjà grand écolier malgré ta tête blonde,
Et toi, Pol, bûcheron aussi droit qu’un bouleau,
Et toi, Jan, petic mousse aux yeux verts comme l’onde,
               Allez-vous pas danser la ronde ?

                         Iou, iou,
               La lande est belle et l’on est fou,
               La ronde tourne on ne sait où,
                              Iou !