Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/268

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
248
ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


hier qu’ils allaient, ce, sans compter les lieues,
Qu’ils regardaient, du haut des immensités bleues,
Le monde raguement perçu comme un décor.

Ils comparent ce temps aux tristesses présentes...
Mais, faibles et vieillis, ils admirent encor
Les reflets zinzolins de leurs gorges luisantes.


(Les Clairières)





FIERTÉ




Qu’un nouvel objet règne en ton âme, étouffant
Jusqu’au cher souvenir des récentes tendresses,
Soit! Mais n’immole pas sur l’autel que tu dresses
Tes amours d’autrefois à l’amour triomphant.

Prends garde de railler, — l’honneur te le défend, —
Pour plaire à Celle-ci, tes premières maîtresses ;
Elle a tout le présent et toutes les ivresses :
Réserve le secret de tes rêves d’enfant.

Qu’elles aient ton silence au moins, les Oubliées !
Et puisque, à tout ton être intimement liées,
Tu ne peux renier leur puissance d’alors,

Cache, pour l’y trouver aux heures plus amères,
Dans le coin de ton cœur où dorment les dieux morts,
L’asile inviolé des anciennes chimères.


(Les Clairières)