Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/274

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
254
ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Quand elle le trouva couché dans la poussière,
Son drapeau l’entourait, doux linceul du vaincu !
Et l’enfant, appuyé sur l’angle d’une pierre,
Reposait calme et fier comme il avaic vécu.

De l’étendard noirci la soie était froissée ;
II s’était dans ses plis enroulé pour mourir ;
La mère le reprit à cette main glacée,
Et, baisant ces beaux yeux clos pour ne plus s’ouvrir,

Elle partit... Marchant toujours à l’aventure,
Elle allait, sans compter les pas qu’elle avait faits ;
Et, gardant son trésor caché dans sa ceinture,
Elle arriva le soir près du camp des Français :

« Voici, dit-elle au chef, un drapeau que j’apporte ;
Je l’ai pris sur le corps de mon fils expiré... »
Elle colla sa lèvre à ce lambeau sacré,
Pâlit et puis tomba sans plainte... Elle était morte !





LES DEUX PARTS


AUX FEMMES




Ce monde, tourmenté d’ambitions rivales,
Voit deux partis divers tendre à la primauté ;
Pourtant le Créateur fit les deux parts égales :
L’homme a pour lui sa force, et nous notre beauté.

À lui l’œil froid qui juge et la ferme attitude,
À nous l’œil bleu qui rêve et prêt à se baisser ;
À lui la main de fer guidant la multitude,
À nous la main qui donne et qui sait caresser ;