Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/29

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PAUL BOURGET.


MUSIQUE




La lune se levait, pure, mais plus glacée
Que le ressouvenir de quelque amour passée.
Les étoiles, au fond du ciel silencieux,
Brillaient, mais d’un éclat changeant, comme des yeux
Où flotte une pensée insaisissable à l’âme.
Et le violon, tendre et doux, comme une femme
Dont la voix s’affaiblit dans l’ardente langueur,
Chantait : « Encore un soir perdu pour le bonheur .»


(Les Aveux)





À UNE BELLE ENFANT




Si ce ruisseau te plaît, baignes-y tes pieds blancs,
Et je regarderai dans l’onde transparente
Ces beaux pieds délicats et leurs contours tremblants,
Et l’ombre du bouleau sur ton visage errante.

Si ce jardin te plaît, fais un bouquet des fleurs
Qui fleurissent le long de ses blondes allées,
Et je regarderai leurs heureuses couleurs
Par tes deux mains de fée artistement mêlées.

Si ce beau soir te plaît, sieds-toi sur ce rocher,
Tes yeux reflèteront le ciel d’or et de flamme,
Et je regarderai le soleil se coucher
Dans ces yeux innocents où sourit ta jeune âme.