Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/307

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ÉMILE PEYREFORT.


Sur les fossés, au ras des trous,
Tournent les feuilles jaunissantes ;
On croirait voir le long des sentes
Un dernier vol de moineaux roux.

D’émouvantes mélancolies
Plissent la face des étangs,
Où semble flotter par instants
L’âme des rieurs ensevelies.

Du bois plein de vagues terreurs
Montent des formes affligées,
Et des larmes se sont figées
Tout au bout des saules pleureurs.





LE FAUCHEUR




Le cou musclé, saillant de sa chemise ouverte,
Le faucheur fait siffler sa faux, et, se dressant,
Affûte d’un coup sec le fer rude et grinçant
Où la sève des blés roule une larme verte.

Depuis que les grands coqs ont sonné le réveil,
Au milieu des épis pleins d’un bruit de cigales,
Le geste large, avec des cadences égales,
Il s’avance pieds nus et la tête au soleil.

Voici le soir. Il est maintenant hors d’haleine,
Et s’essuyant le front au revers de son bras,
Sur le sol crevassé que piquent les blés ras,
Lent et morne, il s’assied en regardant la plaine.