Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/357

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RODOLPHE DARZENS.


L’ICÔNE




Les moines byzantins, lorsqu’ils peignent des Vierges
Rehaussent d’or gemmé l’éclat de la couleur
Qui prend des tons vivants à la lueur des cierges ;

Ils entourent d’un nimbe ajouré la pâleur
Du front, et le métal tout constellé de pierres
Est encor buriné par un bon ciseleur.

Puis, de purs diamants, fixés sous les paupières,
Sont les yeux que leur font ces artistes zélés
Qui jeûnent chaque jour et couchent dans des bières.

Une dentelle d’or tombe en plis cannelés
Sur le corps, découvrant seulement les moins pâles ;
Et des rubis, avec des turquoises, mêlés

À des saphirs, à des perles, à des opales,
Sont rangés sur le sein en un large collier
Dont on voit resplendir de loin les quatre ovales.

— Ainsi, pour rehausser ta splendeur, joaillier
Du rhythme et de l’idée et ciseleur des rhythmes,
Je t’ai fait, avec mon amour, un singulier

Ornement et du goût de ces moines sublimes !
Afin que, lorsque ta vision me poursuit
Dans mes recueillements même les plus intimes

Et m’apparaît au seuil pâlissant de la nuit,
Je puisse, en murmurant ton nom, Chère Adorée,
M’agenouiller dans l’angle où la veilleuse luit,

Pour te prier ainsi qu’une Sainte dorée !


(La Nuit)