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SAINT-JUST

porter sur cette conscience. Cela se passait, a-t-on dit, sans un trouble : Saint-Just ne bronchait jamais. Et le fanatisme explique les choses. On aime oublier qu’on puisse agir extraordinairement sans être anormal et nous tirons les gens d’affaire en leurs difficultés par une tare, en somme une grâce d’état ; c’est bien théologique. Saint-Just, dans la conjoncture où il se trouvait, réfléchit, jugea, se détermina comme eut fait tout autre à sa place. Le fonctionnement de son fanatisme est singulièrement rationnel. N’avoue-t-il pas déjà pendant l’affaire du roi : « Tout ce qu’on a dit pour sauver le coupable, il n’est personne qui ne se le soit dit ici, à soi-même, par esprit de droiture et de probité » ? Et l’on rencontre des mots dans ses papiers qui se troublent et semblent demander grâce : « Dieu, protecteur de l’innocence et de la vérité, puisque tu m’as conduit parmi quelques pervers, c’était sans doute pour les démasquer[1] ! » Il veut qu’on lui sache gré d’avoir frappé à certaines places comme si par hasard il lui en eût coûté : « La politique avait compté beaucoup sur cette idée, que personne

  1. Institutions républicaines. [Les essais politiques de Saint-Just furent publiés en 1800 sous ce titre : Fragments d’Institutions républicaines. (Note de l’éditeur.)]