Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/131

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cet appel passionné ; mais, comme il arrive souvent en pareille occurrence, sa colère ne fit que s’accroître. Prenant sa fille par le bras, il répéta avec une violence encore plus terrible :

— Non, je ne les rétracterai pas, enfant opiniâtre et désobéissante.

En ce moment la porte du salon s’ouvrit, et Louis Beauchesne entra. On aurait pu lire sur sa figure un étonnement mêlé d’indignation à la vue du spectacle qui se présenta à lui ; mais M. de Mirecourt, encore sous l’influence de l’excitation, continua :

— Je disais à cette enfant entêtée que dans un mois, qu’elle le veuille ou non, elle sera ta femme.

— Oh ! M. de Mirecourt, répondit le jeune homme avec amertume, je ne veux pas d’une femme qu’on traînerait à l’autel malgré les désirs de son cœur. Mais n’exigez-vous pas d’Antoinette une soumission trop prompte ? Il y a à peine quinze jours que vous lui avez fait connaître vos désirs : vous devez lui accorder un peu plus de temps pour se préparer. Quoi ! il lui faudra au moins un mois pour se remettre de la scène d’aujourd’hui !

Et en disant ces mots, il jeta un regard de compassion vers Antoinette qui était appuyée contre une chaise, la figure pâle et agitée.

M. de Mirecourt sentit son cœur s’adoucir. Pendant les dix-sept années que sa fille avait passées à l’ombre protectrice de son amour de père, jamais il ne lui