Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/149

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courageusement. Un autre danseur se présenta, mais quoique, sous prétexte de fatigue, elle n’acceptât pas son invitation, il resta près d’elle sans se laisser décourager par le silence qu’elle semblait déterminée à garder, et résolu de l’avoir pour danseuse au moins une fois durant la soirée : ce qui ne tarda pas à arriver, car la musique d’une contre-danse qui succédait au menuet s’étant fait entendre, elle se mit en pliée, bien qu’à contre-cœur. Par un jeu assez désagréable du hasard, l’endroit où elle se trouvait était près d’un sofa où Sternfield, avec son inséparable partenaire, était assis. Pendant tout le temps que dura cette danse qui lui sembla interminable, elle dût paraître indifférente devant ces deux personnes qui semblaient en ce moment si exclusivement occupées l’une de l’autre. Malgré la proximité où ils se trouvaient, Sternfield ne jeta pas même les yeux sur sa femme. Pendant qu’elle les épiait ainsi, à l’insçu de tout le monde, elle ne put s’empêcher de faire en elle-même ces tristes réflexions :

— Cet homme est-il bien réellement mon mari ? Dois-je voir tout cela, supporter, sans me plaindre, toutes ces douteurs, dans cette soirée surtout qui est la dernière que nous aurions pu passer ensemble d’ici à plusieurs semaines peut-être ?… Conduisez-moi dans l’autre chambre, il fait trop chaud ici, dit-elle tout-à-coup à son partenaire qui, remarquant, sur la fin de la danse, l’extrême pâleur de ses traits, lui demandait si elle se sentait indisposée.