Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/279

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fois encore, lorsque je la vois faire preuve de cette inexorable fermeté, de cette volonté de fer qui jure si étrangement avec sa douceur naturelle et avec l’amabilité caractéristique de son sexe, je me sens bien près de la haïr. Et cependant, il y a dans sa froideur même un charme capricieux qui me plaît, en songeant qu’un jour elle sera à moi ; mais je ne puis pas m’aventurer à forcer cette époque, quand bien même mon amour serait dix fois plus ardent qu’il n’est. Mes pertes au jeu me gênent autant que mon mariage secret l’enchaîne, elle. Je crois vraiment que je l’aime plus maintenant que lorsque je l’ai épousée… Je suis curieux de voir si elle va s’aventurer à sortir encore ce soir ; je dois attendre pour en juger. Ah ! j’ai maladroitement gâté les choses, en laissant s’éteindre aussi complètement l’amour qu’elle avait pour moi ; je dois maintenant tenter un autre moyen pour le faire revenir dans son cœur.

Les lumières passèrent bientôt dans la chambre principale : M. de Mirecourt était sur le point de procéder à ce que, selon les usages du temps, on appelait prendre un souper très tard. Tout-à-coup, le bruit d’une porte que l’on ouvrait et refermait, suivi presqu’aussitôt par le léger frôlement d’une robe, vint frapper l’oreille de Sternfield. Oui, c’était ce qu’il attendait : Antoinette était revenue, et, se penchant à la fenêtre :

— Audley dit-elle rapidement, êtes-vous encore là ?