Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/48

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V.


Le lecteur sera, nous l’espérons, assez indulgent pour nous pardonner si, au risque de lui paraître ennuyeux en répétant des faits qu’il connaît aussi bien que nous, nous jetons un rapide coup d’œil en arrière, sur cette période de l’histoire du Canada comprenant les premières années qui suivirent la reddition de Montréal aux troupes combinées de Murray, Amherst et Haviland, période sur laquelle ni les vainqueurs ni les vaincus ne peuvent s’arrêter avec un très grand plaisir.

En dépit des termes de la capitulation qui leur garantissait les mêmes droits que ceux accordés aux sujets britanniques, les Canadiens, qui avaient compté avec confiance sur la paisible protection d’un gouvernement légal, furent condamnés à voir leurs tribunaux abolis, leurs juges méconnus et tout leur système social renversé pour faire place à la plus affreuse des tyrannies, la loi martiale.

Le nouveau gouvernement, il est vrai, pouvait avoir cru ces mesures nécessaires, car il savait parfaitement que les Canadiens, trois ans après que le royal étendard de Georges eut flotté au-dessus d’eux, conservaient encore l’espoir que la France ne les avait pas tout à fait abandonnés et qu’elle ferait un suprême