Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/69

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banalités le plaisir qu’il en éprouvait, il préféra concentrer en lui-même l’admiration qu’il subissait en ce moment. De son côté, Antoinette semblait avoir pris à cœur de lui prouver que, quoique jusqu’à un certain point forcée d’être dans sa compagnie, elle n’avait pas la moindre intention de tirer quelque parti de la circonstance.

Ils approchaient des rapides de Lachine ; déjà le grondement des flots mugissants avait frappé leurs oreilles. Lorsque les tourbillons d’écume de la cataracte, ses rochers couverts de neige entre lesquels l’eau s’élançait en bouillonnant et allait former plus loin d’autre courants et d’autres gouffres, se présentèrent à leur vue, une exclamation involontaire d’admiration s’échappa de la bouche du colonel. La scène était réellement grandiose, sublime. Les rives boisées de Caughnawaga que l’on apercevait en face, les petites îles qui s’avançaient dans la rivière, le pin solitaire qui sortait de leur sein rocailleux et qui se tenait fièrement debout en dépit des tempêtes et des flots qui rugissaient autour de lui : tout cela était un nouvel aliment pour l’imagination et ajoutait à la grandeur du spectacle.

Tout entier sous le charme de l’éblouissement, Evelyn avait machinalement relâché les rênes, lorsqu’un coup de fusil tiré par quelque chasseur près de là fit prendre l’épouvante aux chevaux excités qui s’élancèrent aussitôt au grand galop.