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NOS ÉTOILES

tendre, la cause de la crise, de la grande crise théâtrale qui fait que la saison, une fois de plus, va se clore bientôt, sans qu’on ait eu à applaudir une idée neuve dans un cadre dramatique nouveau.

— Oui, nous mourons des vieilles choses que nous vous apportons sur la scène, s’accusent-ils, des vieux mots et des vieilles farces, des vieux adultères, des vieilles déclamations, des mêmes tirades débitées par les mêmes types, immuables. Nous mourons de ce que nous vous apportons la même pièce. »

Devant tant de clairvoyance, on pourrait les juger inexcusables de n’en point apporter une nouvelle. Mais il paraît qu’il faut les excuser et que nous les devons plaindre. « À pièce nouvelle, acteur nouveau ». Or, ils n’ont que de vieux acteurs, si jeunes soient-ils. Mais vieux par un talent consacré, précis et limité, par un genre de talent d’une exclusivité telle qu’il ne saurait en rien se modifier, car il est la personnalité même de l’acteur. Et si jamais personnalité fut sacrée, c’est bien celle-là. Elle domine tout au théâtre ; elle est la reine. On ne touche pas à la reine.

De telle sorte que le premier devoir de l’auteur dramatique étant de se faire jouer, il doit d’abord se dire, dans le secret de son cabinet de travail et de sa pensée : « Quelle pièce vais-je faire ? Sera-ce la pièce Réjane ? ou la pièce Granier ? ou la pièce Simon-Girard ? ou la pièce Coquelin ? Brasseur ? Huguenet ? »