Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/150

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Si l’on s’en tenait aux faits passés et présents, on devrait considérer le métayage comme le régime primitif, presque patriarcal, qui était universel autrefois, qui a vu partout son domaine se réduire et qui a même complètement disparu de beaucoup de pays, l’Angleterre, la Belgique, par exemple le fermage serait le mode de tenure qui aurait hérité du métayage, mais non pas peut-être à titre définitif, destiné à être remplacé lui-même, dans la plupart des cas, par le faire-valoir direct. L’exploitation du sol par le propriétaire même tend à devenir le régime prédominant sur la surface du globe.

Quel est l’ensemble de causes qui a ainsi graduellement éliminé cette vieille institution du métayage ? Ce n’est pas qu’elle n’ait conservé beaucoup de partisans les publicistes, par exemple, qui regrettent l’organisation du moyen âge et le régime patriarcal, M. Le Play entre autres. Comme adversaires systématiques elle a la presque totalité des économistes et des agronomes. On fait remarquer que les pays où règne encore le métayage sont, en France, la région du Centre et certains districts du Midi, c’est-à-dire précisément les contrées qui ont fait le moins de progrès agricoles. La classe des métayers est aussi dans toute la nation celle dont la situation s’est le moins améliorée. Le métayage a un grand défaut, si ce n’est un grand vice, c’est qu’il est presque incompatible avec la culture intensive. Celle-ci ne comporte pas le partage à moitié ou même aux trois cinquièmes des récoltes entre l’exploitant et le propriétaire. La part du premier est trop faible pour une agriculture soignée qui fait autre chose que gratter le sol, et la part du second est excessive. Les achats d’engrais sont impossibles dans ces conditions, à moins que le propriétaire ne les fasse à ses frais. La culture perfectionnée exige de grandes avances que le métayer n’a pas elle rend de plus en plus faible le rapport du revenu net au revenu brut, le premier croissant d’une manière absolue, mais non pas dans une proportion égale à la croissance du second. La culture même du froment est difficile avec le métayage, parce que l’exploitant n’y trouve pas son compte. Le métayer se contente, d’ordinaire, de vivre pauvrement, au jour