Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/152

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t-il remplacer partout le fermage ? D’où vient qu’il soit difficile de trouver des fermiers pour les terres labourables de quelque étendue ? L’embarras date de loin il est injuste d’en rendre responsable la concurrence américaine celle-ci a agrandi, en même temps qu’elle l’a dévoilée, une plaie dont l’existence était déjà ancienne.

Il y a deux catégories de fermes : 1° les fermes très-morcelées, très-exiguës des environs des villes ou des contrées qui ont une population très-dense la Flandre, par exemple, la Terre de Labour en Italie, l’ancienne Campanie c’est par arpents ou même par ares qu’on calcule l’étendue de ces exploitations qui rarement dépassent trois ou quatre hectares ; 2° les fermes d’une certaine surface, celles qui ont vingt hectares ou plus. Les fermiers n’ont jamais manqué aux premières ; la concurrence des preneurs a, au contraire, singulièrement élevé le prix de ces petites exploitations, si bien qu’en certains districts, dans la Terre de Labour en Italie par exemple, les hauts fermages et la misère des fermiers vont de pair, celle-ci étant la cause de ceux-là. Au contraire, les fermiers manquent aux terres labourables de plus de vingt hectares. Le remède serait facile s’il suffisait de morceler ; mais le morcellement n’est profitable qu’avec une grande densité de population, un débouché voisin pour les produits délicats il lui faut, en un mot, la viticulture, l’arboriculture ou le jardinage.

Ces conditions se rencontrent dans quelques pays, non dans tous en Flandre par exemple et dans la Terre de Labour italienne (terra di lavoro). La population de la Flandre est la plus dense du globe : 272 habitants par kilomètre carré, presque quatre fois autant que la densité de la population française ; dans la Terre de Labour elle est de plus de cent habitants dans nos campagnes, à peine de 50. La moyenne des exploitations est de 3 hectares 40 ares dans la Flandre occidentale, de 2 hectares 48 ares dans la Flandre orientale. Dans la première de ces provinces on compte 45,000 exploitations qui n’ont pas 50 ares ; dans la seconde il n’y a pas deux fermes sur cent qui dépassent 20 hectares. C’est le pays des cultures dérobées qui élargissent