Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/476

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Introduites en Angleterre, d’abord avec des scrupules qui nous semblent aujourd’hui puérils, s’amendant et s’étendant continuellement dans ce pays, édictant des dispositions de plus en plus rigoureuses, les lois sur le travail des fabriques ont fini par être adoptées presque en tout pays ; la Belgique et, croyons-nous, aussi l’Italie font seules exception dans l’industrieuse Europe.

C’est le premier Robert Peel qui, en 1802, fit voter la première loi sur le travail des manufactures. Depuis lors, tous les quatre ou cinq ans, les Anglais en ont fait de nouvelles. En 1864, on en comptait déjà 17, aujourd’hui plus de 25, y compris la plus importante qui est celle du 17 mai 1878. La loi anglaise de 1802 fixait à douze heures le travail effectif maximum des enfants dans les fabriques, sans limiter, d’ailleurs, l’âge d’admission de ces jeunes ouvriers. On frémit à la pensée qu’un régime qui nous paraîtrait aujourd’hui si révoltant fut regardé alors comme une atténuation philanthropique. Une loi de 1819 défendit de recevoir dans les manufactures des enfants au-dessous de 9 ans. On connaît le titre célèbre d’un livre de M. Jules Simon : l’Ouvrier de huit ans. Une autre loi importante, inaugurant un régime nouveau, celle de 1833, fit une nouvelle catégorie d’ouvriers protégés non seulement, en effet, elle réglementa le travail des enfants à proprement parler, mais encore celui des jeunes gens (young persons) au-dessous de 18 ans, et par une hardiesse ingénieuse elle assimila à ceux-ci les femmes, quel que fût leur âge.

Toutes ces mesures législatives avaient été très-combattues ; leurs adversaires annonçaient qu’elles amèneraient la baisse des salaires, la ruine de l’industrie nationale. À ces prédictions intéressées et trompeuses, le grand historien Macaulay, membre du Parlement, faisait une splendide réponse c’était en 1846 :

« La loi a déjà réduit dans une large proportion, disait-il, le temps de travail dans les manufactures. Il y a trente ans, l’usage était de faire travailler des enfants de huit ans quinze heures par jour : mais une loi a été rendue depuis qui réduit