Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/489

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nous pensons que le salaire pourra être la souche résistante et vivace sur laquelle il sera possible de greffer dans beaucoup de cas des systèmes plus nouveaux de rémunération.

L’année 1879 et l’année 1880 ont été témoins de quelques essais remarquables, dus uniquement à l’initiative privée — cet auteur principal de tous les progrès sociaux — pour donner aux populations laborieuses des garanties nouvelles de bien-être. L’une de ces tentatives, dont le succès est infaillible, consiste à faire assurer directement contre l’incendie, par les soins du patron, le mobilier de tous ses ouvriers. On évite ainsi beaucoup de déperdition de temps et de frais ; on arrive à une assurance plus économique. Le patron n’est ici qu’un intermédiaire ; il perçoit ensuite sur chaque ouvrier la prime qui le concerne. Le procédé d’assurance collective a été pratiqué d’abord en Alsace ; un grand industriel, M. Engel-Dollfus, s’est efforcé de la propager en France. Par une extension du même principe, plusieurs industriels se sont mis à assurer tout leur personnel contre les accidents ; on sait que les compagnies d’assurances contre les accidents, lesquelles étaient presque inconnues en France il y a deux ans, foisonnent aujourd’hui chez nous. Un nouveau et facile progrès consistera à assurer sur la vie tout le personnel d’une usine. Il y a beaucoup d’améliorations à effectuer dans le jeu des compagnies d’assurance, quoique malheureusement la baisse du taux de l’intérêt soit défavorable ces sociétés.

Deux autres tentatives récentes méritent aussi d’être signalées. L’une c’est le legs d’environ 2 millions fait par un regretté économiste, M. Rampal, au Conseil Municipal de Paris pour être distribués en prêts portant intérêt aux associations coopératives ouvrières. La seconde, c’est la création à Paris d’une Caisse Centrale du travail et de l’épargne, banque populaire, au capital de 50 millions (dont 12 millions 1/2 versés). Nous n’affirmerons pas que toute idée de spéculation ait été étrangère à cette fondation et nous ne nous portons pas garant du succès de cette société. Ce sont là, néanmoins, deux expériences sociales intéressantes.