Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/79

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priété du sol est partout individuelle, absolue, perpétuelle, quels progrès n’a-t-elle pas faits durant ce temps ?

Si la propriété collective pouvait convenir à la culture simple et rudimentaire des temps primitifs, elle répugne à la culture variée et perfectionnée des temps nouveaux. Quand l’État veut se mêler de culture avec sa lourde bureaucratie, sauf pour un ou deux services-simples comme celui des forêts, on voit à quoi il aboutit. Le fléau du phylloxera en France en est une preuve. L’État, avec son esprit de réglementation, sa paperasserie, la lenteur inévitable et l’uniformité nécessaire de ses décisions, n’a pu ni entraver les progrès du phylloxera ni trouver un remède à ce mal. Dupe de quelques savants qui avaient sa faveur, il proscrivait tels ou tels essais, comme les plants américains, et ordonnait tels ou tels autres comme le sulfure de carbone. Les prix même qu’il promettait, il ne trouvait pas à les décerner. Tout ce qui est détail et variété sort, par la force des choses, du domaine de l’État. Quant à la Commune elle pourrait peut-être se mouvoir avec plus de rapidité que l’État ; mais elle a bien plus d’ignorance, de préjugés et moins d’impartialité.

La prétention de « communaliser » ou de « nationaliser le sol est contraire aux deux principes de la civilisation moderne, la division du travail et le perfectionnement incessant des méthodes et des procédés de production. M. de Laveleye, il est vrai, s’arrête à mi-chemin comme Stuart Mill. Son plan de nationalisation consisterait en ce que l’État s’emparât de tout le produit net du sol, et fît ensuite des concessions de jouissance temporaire, des baux emphytéotiques à des associations d’agriculteurs ou aux communes. L’État surveillerait de loin et de haut par ses fonctionnaires propres l’exploitation de ces fermiers, et il encaisserait les redevances ou fermages. Il ressemblerait à ces grands lords anglais qui ont plusieurs millions de revenu foncier et toute une armée d’intendants ou de sous-intendants. Nous ne savons si cette comparaison est fort heureuse. L’Angleterre a une culture uniforme, qu’on affirme n’être pas assez progressive ; elle ignore ou ne pratique pas