Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/127

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l’heure du souper. En haut de l’escalier, je rencontrai miss Sophie qui se tenait sur le seuil de sa chambre où elle me fit entrer.

Huck, j’ai un service à te demander.

— Huck, me dit-elle, j’ai un petit service à te demander. Je viens de recevoir un billet de mon oncle, lequel, tu le sais, est pasteur du village que nous voyons là-bas, de l’autre côté de la rivière. Mon oncle me demande de venir causer avec lui, en secret, d’affaires importantes. Il s’agit, me dit sa lettre, de mon bonheur futur et d’une réconciliation possible de notre famille avec celle de nos ennemis, réconciliation que je souhaite depuis longtemps très fort.

— Comment puis-je vous être utile, miss ? demandai-je.

— En m’accompagnant jusqu’au bord de la rivière, en m’aidant à la traverser.

— N’est-ce que cela ? Vous êtes si bonne, miss Sophie, que je ferais beaucoup plus, si je le pouvais, pour vous obliger.

— Tu feras plus que tu n’imagines, Huck, en me secondant, et voici pourquoi. C’est près du village dont mon oncle est pasteur qu’habitent les Shepherdson. Or, si l’un des miens me voit me diriger de ce côté, ou il voudra s’opposer à mon départ, ou il insistera pour m’accompagner, ce qui pourrait amener d’affreux malheurs.

— Mais que dirons-nous, si l’un d’eux nous rencontre ? s’il nous voit nous embarquer ?

— Ils font tous leur sieste, Huck, et ce contretemps est peu à craindre.

Nous voilà en route, feignant de nous promener. Nous descendons jusqu’à l’endroit où la rivière décrit une courbe sans avoir rencontré