Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/129

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— Que me veux-tu ?

Mon interlocuteur regarde autour de lui avec méfiance, puis reprend à mi-voix :

— Massa, si vous voulez venir du côté du marais, je vous montrerai une belle gerbe de souliers de Notre-Dame.

— Laisse-moi tranquille, répliquai-je ; les souliers de Notre-Dame ne sont pas assez rares pour qu’on s’amuse à courir après.

— Tout de même, il y en a un que vous ne serez pas fâché de voir.

Montre-moi le chemin, lui dis-je.

Je me rappelai que, la veille, il avait déjà proposé de m’emmener du côté du marais ; son air mystérieux m’intriguait.

— Eh bien, montre-moi le chemin, lui dis-je.

Je le suivis à travers bois pendant un demi-mille, puis il s’engagea dans un marais où l’on enfonçait jusqu’aux chevilles. De temps à autre il se retournait pour cligner de l’œil. Évidemment, cela signifiait : la route n’est pas bonne, mais ce que vous verrez vaut la peine d’être vu. Enfin, nous arrivâmes en face d’une petite butte où le terrain desséché était couvert d’arbres, de buissons et de vignes.

— Voilà l’endroit, massa. Vous n’avez plus besoin de moi.

Sur ce, il me tourna le dos. Je m’avançai dans le fourré, et, au fond d’un bosquet, j’aperçus un homme endormi. C’était mon vieux Jim.

Je le réveillai, comptant que ce serait une fière surprise pour lui de me revoir. Je me trompais joliment. Il pleura presque de joie, mais ne parut pas surpris. Il me raconta que le soir où le vapeur nous avait coulés, il s’était mis à nager derrière moi. Il entendait très bien mes