Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/158

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Le long des murs, des caisses d’emballage, des tonneaux vides où un tas de lambins se tenaient perchés, fumant, bâillant, déchiquetant leur siège avec un couteau de poche. Ils portaient tous des chapeaux de paille aussi larges qu’un parapluie ; mais les habits et les gilets étaient rares.

Dans toutes les rues on enfonçait dans une boue noire qui nulle part n’avait moins de deux ou trois pouces de profondeur. De temps en temps une truie arrivait avec sa famille ; elle se vautrait au beau milieu de la chaussée, fermait les yeux, agitait les oreilles, se laissait traire, et avait l’air aussi heureux que si le gouvernement la payait pour ça. Tout à coup quelqu’un se mettait à crier : « Chou-là, chou-là, Turc ! » et la truie détalait en grognant avec ses petits et avec un chien ou deux à chaque oreille. Alors les badauds se levaient et restaient debout jusqu’à ce qu’elle eût disparu ; mais, pour les réveiller complètement, il aurait fallu un combat de chiens.

Plus l’heure s’avançait, plus il arrivait de monde. Lorsqu’on commença à se diriger du côté du cirque, dressé sur la grande place, je fis comme les autres. Je profitai du moment où celui qui montait la garde venait de s’éloigner pour me glisser sous la toile. J’avais toujours ma pièce d’or de 20 dollars et quelque menue monnaie ; mais à quoi bon gaspiller son argent sans nécessité, surtout lorsqu’on ne sait pas ce qu’on recevra en échange ?

Eh bien, vrai, je n’aurais pas regretté le prix de ma place quand je vis entrer les écuyers et les écuyères qui arrivaient deux à deux, un monsieur à côté d’une dame. Il y en avait au moins vingt. Les dames étaient très belles, avec un teint plus rose et plus blanc que celui d’un enfant qu’on vient de débarbouiller. Leurs costumes devaient avoir coûté des millions de dollars, car ils paraissaient couverts de diamants. Ceux des hommes valaient beaucoup moins, je crois ; mais ils avaient l’air si fier que personne n’aurait osé le leur demander. C’était magnifique.

Après avoir fait une ou deux fois le tour de la piste, les voilà qui se