Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/184

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quiète. Contentons-nous des 6 000 dollars, réveillons Huck, sautons dans un canot et regagnons le radeau.

— Vous n’y songez pas ! Nous contenter de 6 000 dollars quand dans un jour ou deux nous pourrons en toucher 12 000 ou 15 000 ! Ce serait par trop bête.

Vous n’y songez pas !

— Il me semble encore plus bête de nous exposer à perdre ce que nous tenons. Et puis, j’ai des scrupules — enlever tout ce qu’elles possèdent à ces orphelines, qui m’ont embrassé de si bon cœur !

— Avouez que vous avez peur, répondit le roi ; je ne crois pas à vos scrupules. D’ailleurs les orphelines ne perdront que 3 000 dollars. La maison leur appartient, et elles ne seront pas trop à plaindre. Ce sont ceux qui achèteront la tannerie et le reste qui y perdront le plus. Dès qu’on saura que nous ne sommes pas les vrais héritiers, la vente sera annulée ; mais nous serons loin avant qu’on le sache.

— Le docteur pourrait bien mettre des bâtons dans les roues.

— Je me moque du docteur. Nous avons pour nous tous les niais de la ville et dans n’importe quelle ville les niais représentent une assez jolie majorité.

— Allons, soit ; mais je maintiens que c’est jouer un jeu dangereux. En attendant, l’argent me paraît mal caché. Marie-Jeanne et ses sœurs sont en deuil, et les nègres recevront bientôt l’ordre de serrer ces robes dans une malle ou ailleurs.