Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/95

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X
une leçon d’histoire.


Une fois debout, j’examinai ce que nous avions ramassé dans le canot. Il y avait des couvertures, des vêtements, une demi-douzaine de livres et une boîte de cigares — des cigares comme je n’en avais jamais fumé. Nous restâmes une bonne partie de la matinée couchés sur l’herbe et je racontai à Jim ce qui s’était passé à partir de mon entrée dans la cabine.

— Voilà ce qui s’appelle une aventure, lui dis-je, et je m’en suis bien tiré.

— Il n’y a pas de quoi se vanter, massa Huck, répliqua-t-il. Si toutes les aventures ressemblent à celle-là, j’espère que ce sera la dernière. Quand j’ai voulu descendre sur le radeau et que je ne l’ai plus trouvé, je n’aurais pas donné un cent de ma peau. Je me voyais perdu. Si personne ne venait à mon secours, je ne pouvais manquer d’être noyé. Si quelqu’un arrivait à temps pour nous sauver, on me ramènerait à terre pour me livrer au shérif et alors, pour sûr, miss Watson me vendrait au planteur. Autant valait être noyé. Ne me parlez pas de vos aventures, j’en ai assez.

Jim n’avait pas eu tort de s’effrayer. Noyé ou vendu, il n’y aurait guère eu d’autre alternative pour lui, si les choses avaient moins bien tourné.

Comme il se montrait encore préoccupé, je pris un des livres et, pour le distraire, je lui lus une histoire où il était question de rois, de ducs, de comtes, de gens à qui on ne disait pas « Monsieur », mais « Votre Majesté », « Votre Grâce », « Monseigneur », qui portaient des habits de velours et avaient au côté une épée qu’ils tiraient à tout propos.