Page:Lesage - Œuvres, Didot, 1877.djvu/774

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Je me retire donc. Adieu, mes amis ; je me repose sur vos soins. La Branche. Ayez l'esprit tranquille, Monsieur, éloignez-vous vite, abandonnez-nous votre fortune. Valère. Souvenez-vous que mon sort... Crispin. Que de discours ! Valère. Dépend de vous. Crispin, le repoussant. Allez-vous-en, vous dis-je.


Scène XVIII

Crispin, La Branche

La Branche. Enfin il est parti. Crispin. Je respire. La Branche. Nous avons eu une alarme aussi chaude ! Je mourais de peur que Monsieur Oronte ne nous surprît avec ton maître. Crispin. C'est ce que je craignais aussi ; mais comme nous n'avions que cela à craindre, nous sommes assurés du succès de notre projet. Nous pouvons à présent choisir la route que nous avons à prendre. As-tu arrêté des chevaux pour cette nuit ? La Branche, regardant de loin. Oui. Crispin. Bon. Je suis d'avis que nous prenions le chemin de Flandre. La Branche, regardant toujours. Le chemin de Flandre ; oui, c'est fort bien raisonné. J'opine aussi pour le chemin de Flandre. Crispin. Que regardes-tu donc avec tant d'attention ? La Branche. Je regarde... Oui... Non... ventrebleu, serait-ce lui ? Crispin. Qui lui ? La Branche. Hélas, voilà toute sa figure ! Crispin. La figure de qui ? La Branche. Crispin, mon pauvre Crispin, c'est Monsieur Orgon. Crispin. Le père de Damis ? La Branche. Lui-même. Crispin. Le maudit vieillard ! La Branche. Je crois que tous les diables sont déchaînés contre la dot. Crispin. Il vient ici, il va entrer chez Monsieur Oronte, et tout va se découvrir. La Branche. C'est ce qu'il faut empêcher, s'il est possible. Va m'attendre à l'auberge ; ce que je crains le plus, c'est que Monsieur Oronte ne sorte pendant que je lui parlerai.


Scène XIX

M. Orgon, La Branche

M. Orgon, à par. Je ne sais quel accueil je vais recevoir de Monsieur et de Madame Oronte. La Branche, bas. Vous n'êtes pas encore chez eux... Haut. Serviteur à Monsieur Orgon. M. Orgon. Ah, je ne te voyais pas La Branche ! La Branche. Comment, Monsieur, c'est donc ainsi que vous surprenez les gens. Qui vous croyait à Paris ? M. Orgon. Je suis parti de Chartres peu de temps après toi, parce que j'ai fait réflexion qu'il valait mieux que je parlasse moi-même à Monsieur Oronte, et qu'il n'était pas honnête de retirer ma parole par le ministère d'un valet. La Branche. Vous êtes délicat sur les bienséances à ce que je vois. Si bien donc que vous allez trouver Monsieur et Madame Oronte ? M. Orgon. C'est mon dessein. La Branche. Rendez grâces au ciel de me rencontrer ici à propos pour vous en empêcher. M. Orgon. Comment ? les as-tu déjà vus toi, La Branche ? La Branche. Hé oui, morbleu, je les ai vus, je sors de chez