Page:Lesueur - Nietzscheenne.djvu/51

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III


Grâce aux caprices du mois de mars, un matin de printemps succéda au jour maussade, neigeux, dont s’étaient aggravées les soucieuses impressions du jeune chef d’usine.

Mais l’éclat frais d’un soleil tout neuf luisant sur un Paris frileux et mouillé n’en fut pas moins contrariant pour Robert. Lorsque, devançant l’heure d’un rendez-vous demandé, il se présenta chez Nauders, il apprit que le financier n’était pas encore revenu de sa promenade à cheval.

Introduit, en familier de la maison, dans un des petits salons, au rez-de-chaussée, il saisit un journal qui traînait, essaya de lire.

L’impatience et une espèce d’anxiété troublèrent son attention. Qu’était-il pour se mesurer avec un Nauders ? pour percer à jour les desseins d’un esprit si fortement machiné ? Au cas où la magnifique loyauté apparente ne serait qu’une façade, comment le savoir ? Et, le sachant, comment oser l’attitude d’un homme averti, sur ses gardes ? Son cœur en défaillait. Il sentait son amitié plus douloureusement inquiète que sa vigilance industrielle.

Ses yeux se levaient sur le familier décor. Depuis son enfance, depuis ses jeux avec Huguette et l’autre petit camarade, le frère, qu’elle avait perdu, Robert connaissait les fines boiseries, le Clodion de la cheminée, ce faune élevant une grappe de raisin, pour que la nymphe cherchant à l’atteindre pressât plus étroitement sa souple chair contre le torse nu. Ah ! le jour où, adolescent, il avait compris, regardé avec une émotion nouvelle l’enlacement des deux beaux êtres ! Un sourire passa sous sa moustache.

Et ces Pater, ce Latour, ce Perronneau, images fixées en lui jusqu’à faire partie de lui-même. Les tableaux, les tapisseries, les bibelots de Nauders, vrais ou faux, payés