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CHAPITRE III

NIETZSCHE PHILOSOPHE (1878-1888)


I


Pendant les neuf années qui suivirent son départ de l’Université de Bâle, la vie de Nietzsche ne fut qu’une longue lutte contre la maladie qui minait sa santé et qui finit par triompher de son opiniâtre résistance : dans les premiers jours de 1889 Nietzsche fut atteint de folie ; son agonie dura onze années pendant lesquelles il végéta, sans espoir de guérison, à Iéna, à Naumburg, à Weimar, incapable de poursuivre son œuvre, inconscient de sa gloire qui grandissait d’année en année ; il mourut enfin à Weimar le samedi 25 août 1900. Comme on a cherché parfois à discréditer toute sa philosophie en essayant de la faire passer pour l’œuvre d’un fou, force nous est d’exposer brièvement, d’après les documents publiés par Mme Förster-Nietzsche[1], les principaux faits qui semblent de nature à nous éclairer sur l’état mental de Nietzsche pendant cette période de répit que lui laissa son mal.

Nietzsche appartient à une famille où la longévité semble avoir été exceptionnellement fréquente. La plupart des frères, sœurs et ascendants de son père ont dépassé soixante-dix, quatre-vingts ou même quatre-vingt-dix ans ; la même longévité se constate aussi dans la famille de sa mère ; on ne signale, d’autre part, aucun cas d’aliénation mentale parmi ses ascendants. Son père, par contre, est mort, à trente-six ans, d’un ramollissement du cerveau, à ce que relate un journal d’enfance de Nietzsche ;

  1. Voir la Biographie, passim et un article de la Zukunft du 6 janv. 1900 : Nietzsches Krankheit.