Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/144

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soutiens-toi toi-même comme je me suis soutenue, oppose-toi à l’oppression comme je m’y suis opposée. »

Et l’Officiel, dans le premier de ces beaux articles où Moreau, Rogeard, Longuet commentèrent la révolution nouvelle : « Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l’heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en mains la direction des affaires publiques… À peine arrivés au pouvoir, ils ont eu hâte de convoquer dans ses comices le peuple de Paris… Il n’est pas d’exemple dans l’histoire d’un gouvernement provisoire qui se soit plus empressé de déposer son mandat… En présence de cette conduite si désintéressée, on se demande comment il peut se trouver une presse assez injuste pour déverser la calomnie, l’injure et l’outrage sur ces citoyens. Les travailleurs, ceux qui produisent tout et ne jouissent de rien… devront-ils donc sans cesse être en butte à l’outrage ? Ne leur sera-t-il jamais permis de travailler à leur émancipation sans soulever contre eux un concert de malédictions ?… La bourgeoisie, leur aînée, qui a accompli son émancipation il y a plus de trois quarts de siècle ne comprend-elle pas aujourd’hui que le tour de l’émancipation du prolétariat est arrivé… Pourquoi donc persiste-t-elle à refuser au prolétariat sa part légitime ? »

C’était la première note socialiste de cette révolution, profondément juste, touchante et politique. Le mouvement purement de défense républicaine au début prenait de suite couleur sociale par cela seul que des travailleurs le conduisaient.

Le même jour, le Comité suspendait la vente des objets engagés au Mont-de-Piété, prorogeait d’un mois les échéances, interdisait aux propriétaires de congédier leurs locataires jusqu’à nouvel ordre. En trois lignes, il faisait justice, battait Versailles, gagnait Paris.

En face de ce peuple qui marche et se définit, les représentants et les maires : Pas d’élection, tout va au mieux. « Nous voulions, disent-ils, en affiche, le maintien de la garde nationale, nous l’aurons. Nous voulions que Paris retrouvât sa liberté municipale, nous