Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/195

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heures cette dépêche de la Place : « Bergeret lui-même est à Neuilly. Soldats de ligne arrivent tous et déclarent que, sauf les officiers supérieurs, personne ne veut se battre. »

Le 3 avril, à trois heures du matin, la colonne Bergeret forte d’environ six mille hommes et huit bouches à feu seulement, est concentrée au pont de Neuilly. Il fallut laisser aux hommes, qui n’avaient rien pris depuis la veille, le temps de se refaire. Au petit jour, Bergeret arrive en calèche, ce qui fait murmurer ; on s’engage sur la route de Rueil. Les bataillons marchent par sections en ligne, au milieu de la route, sans éclaireurs, et gravissent gaiement le plateau des Bergères, quand un obus tombe dans les rangs, puis un second. Le Mont-Valérien a tiré.

Une panique affreuse rompt les bataillons, mille cris de trahison éclatent. Toute la garde nationale croyait que la Commune occupait le Mont-Valérien. Quelques-uns à l’Hôtel-de-Ville, au Comité Central, à la Place savaient le contraire et le cachaient sottement, vivaient sur l’espérance que la forteresse ne tirerait pas. Elle n’avait, il est vrai, que deux ou trois pièces mal montées, auxquelles, d’un élan, on pouvait se soustraire. Mais les gardes, surpris dans leur confiance, se croient trahis, s’enfuient de toutes parts. Un obus coupe en deux Prudhomme, frère du chef d’état-major, lieutenant de l’armée régulière passé à la Commune. La plus grande partie des fédérés s’éparpillent dans les champs et regagnent Paris. Le 91e seulement et quelques débris, douze cents hommes, par petits groupes, gagnent Rueil. Peu après, Flourens arrive par la route d’Asnières, amenant à peine un millier d’hommes. Le reste s’est égrené dans Paris ou sur la route. Flourens poursuit quand même jusqu’à Rueil.

Les Versaillais, surpris par cette sortie, n’entrèrent en ligne que fort tard, vers dix heures. Dix mille hommes furent envoyés vers Bougival. Des batteries placées sur le coteau de la Jonchère canonnèrent Rueil. Deux brigades de cavalerie à droite, celle de Galliffet à gauche, opéraient sur les ailes. L’avant-garde parisienne — une poignée d’hommes — fit résistance pour