Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/208

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au procureur général qu’on pouvait le faire arrêter.

La néfaste journée du 4 avril eut un éclair d’espoir à Limoges. La capitale révolutionnaire du centre ne pouvait assister, l’arme immobile, aux efforts de Paris. Le 23 mars, la Société populaire, qui centralisait les activités démocratiques, vota des remerciements à l’armée de Paris pour sa conduite au 18 Mars. Quand Versailles demanda des volontaires, la Société enjoignit au conseil municipal de prévenir cette excitation à la guerre civile. Peu après la proclamation de la Commune à Paris, les sociétés ouvrières lui envoyèrent un délégué pour s’informer des principes de la Commune, rapporter son programme, et lui demander un commissaire. La Commission exécutive répondit que c’était impossible pour le moment, qu’on verrait plus tard. La Société populaire, réduite à elle seule, pressa le conseil municipal de passer en revue la garde nationale, certaine qu’il en sortirait une manifestation contre Versailles. Le conseil composé, à quelques exceptions près, d’hommes timides, ajournait, tirait en longueur lorsqu’une dépêche triomphale de Versailles annonça la déroute du 3 avril. Le 4, les ouvriers limousins s’ameutent. Un détachement de 500 soldats allait partir pour Versailles, ils le suivent, haranguent les soldats, les pressent de se joindre au peuple. Les soldats, entourés, fraternisent et livrent leurs armes dont beaucoup sont cachées à la Société populaire.

Le colonel de cuirassiers Billet qui parcourt la ville, accompagné d’ordonnances, est entouré, contraint de crier : « Vive la République ! » À cinq heures, la garde nationale est rangée en armes sur la place de la Mairie. Ses officiers sont réunis dans l’hôtel de ville ; un conseiller propose de proclamer la Commune. Le maire résiste ; le cri éclate de toutes parts et le capitaine Coissac se charge d’aller à la gare arrêter les trains de troupes. Les autres officiers consultent les compagnies. Elles n’ont qu’un cri : « Vive Paris ! À bas Versailles ! » Les bataillons s’ébranlent, défilent devant l’hôtel de ville, précédés de deux conseillers municipaux, vont demander au général la mise en liberté des militaires