Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/289

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CHAPITRE XXII


Les conspirations contre la Commune.

La Commune avait fait naître tout une industrie de fileurs de trames ténébreuses, livreurs de portes, courtiers en conspirations. Vulgaires carottiers, Cadoudals de ruisseau qu’une ombre de police eût mis en déroute, ils n’eurent d’autre force que la faiblesse de la préfecture et l’incurie des délégations. Ils ont beaucoup publié, beaucoup déposé les uns contre les autres, et, grâce à des renseignements particuliers, grâce aussi à l’exil qui est un grand découvreur, nous pouvons pénétrer dans leur truanderie.

Dès le 1er avril, ils exploitèrent tous les ministères de Versailles, offrant de livrer des portes ou d’enlever les membres de la Commune. Peu à peu on les classa. Le colonel d’état-major Corbin fut chargé d’organiser les gardes nationaux de l’ordre restés dans Paris. Le commandant d’un bataillon réactionnaire, Charpentier, ancien officier instructeur de Saint-Cyr, s’offrit, se fit agréer et présenta quelques compères, Durouchoux, négociant en vins, Demay, Gallimard. Ils reçurent pour instructions de recruter des bataillons occultes qui occuperaient les points stratégiques de l’intérieur le jour où l’attaque générale attirerait tous les fédérés aux remparts. Un lieutenant de vaisseau, Domalain, colonel de la légion bretonne, offrait, en ce moment, de surprendre Montmartre, l’Hôtel-de-Ville, la place Vendôme, l’Intendance, avec quelques milliers de volontaires qu’il prétendait avoir dans la main ; il fusionna avec Charpentier.

Ces guerriers ténébreux s’agitèrent beaucoup, groupèrent étonnamment de monde autour des bocks offi-