Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/392

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Un marin resté seul, caché derrière les pavés, attend les Versaillais, décharge son revolver, et, la hache en main, bondit sur eux. L’ennemi se déploie dans les rues adjacentes jusqu’à la rue Ménadier que les tirailleurs fédérés tiennent solidement. À la place des Fêtes, deux pièces enfilent la rue de Crimée et protègent notre flanc droit.

À onze heures, neuf ou dix membres du Conseil se rencontrent rue Haxo. Jules Allix, plus timbré que jamais, arrive rayonnant. Tout va au mieux d’après lui ; les quartiers du centre sont démunis de troupes, il n’y a qu’à descendre en masse. D’autres s’imaginent qu’ils feront cesser les massacres en se rendant aux Prussiens qui les livreront à Versailles. Un ou deux disent l’espoir absurde, que les fédérés ne laisseront sortir personne ; on ne les écoute guère et Jules Vallès s’apprête à un manifeste. Arrive Ranvier qui cherche des hommes pour la défense des buttes Chaumont. « Allez donc vous battre, leur crie-t-il, au lieu de discuter ! » Cette parole d’un homme de bon sens renverse l’écritoire. Chacun tira de son côté ; la dernière rencontre de ces perpétuels délibérateurs.

Les Versaillais occupent le bastion 16. À midi, le bruit se répand que les troupes arrivent par les rues de Paris et les remparts. Une foule d’hommes et de femmes, chassés de leurs maisons par les obus, assiègent la porte de Romainville pour gagner la campagne. À une heure, le pont-levis s’abaisse pour six francs-maçons qui sont allés demander aux Prussiens de laisser passer les fédérés ; la foule se rue au dehors vers les premières maisons du village des Lilas, veut traverser la barricade prussienne élevée au milieu de la route. Le brigadier de gendarmerie de Romainville crie aux Prussiens ; « Tirez, mais tirez donc sur cette canaille ! » Un soldat prussien fait feu et blesse une femme.

Vers quatre heures, un soi-disant colonel Parent, de ces êtres qui poussent sur les détritus des défaites et s’imposait par sa haute taille, se fait abaisser le pont-levis et va sans aucun mandat demander passage aux troupes prussiennes. L’étranger répondit qu’il remettrait les fédérés aux autorités versaillaises.

À ce moment, le membre de la Commune Arnold,