Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/398

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CHAPITRE XXXII


« Nous sommes d’honnêtes gens ; c’est par les lois ordinaires que justice sera faite. Nous n’aurons recours qu’à la loi. »
M. Thiers à l’Assemblée Nationale 22 Mai 71.

« Je puis affirmer que le nombre des exécutions a été très restreint. »
Mac-Mahon. Enquête sur le 18 mars.

La furie versaillaise. — Les abattoirs. — Les cours prévôtales. — Mort de Varlin. — La peste. — Les enfouissements.

L’ordre régnait à Paris. Partout des ruines, des morts, de sinistres crépitements. Les officiers tenaient le milieu de la chaussée, provocateurs, faisant sonner leur sabre ; les sous-officiers copiaient leur arrogance. Sur toutes les grandes voies les soldats bivouaquaient ; quelques-uns, abrutis par la fatigue et le carnage, dormaient en pleins trottoirs ; d’autres préparaient la soupe en chantant la chanson du pays.

Le drapeau tricolore pendait lâchement à toutes les croisées, pour éloigner les perquisitions. Les fusils, les gibernes, les uniformes s’amoncelaient dans les ruisseaux des quartiers populaires, jetés des fenêtres ou apportés la nuit par les habitants terrifiés. Sur les portes, des femmes d’ouvriers assises, la tête dans les poings, regardaient fixement devant elles, attendant un fils ou un mari qui ne devait pas revenir.

Les émigrés de Versailles, les immondes que roulent les victoires césariennes, assourdissaient les boulevards.